Archives de Catégorie: Reportage / Société

Restée sur le quai de Ouistreham

Florence Aubenas, son visage sur nos monuments, la mobilisation générale, sa libération. Pour moi, comme vous aussi probablement, cette femme me parle, je sais qui elle est, ce qu’elle a fait et la journaliste qu’elle est.

Et puis, en 2010 son livre dans un univers bien éloigné de l’Afghanistan : la France, celle qui travaille et « se lève tôt », mais surtout la France invisible.

Celle qui ne reconnait pas Florence Aubenas, qui ne réagit pas à son nom ; un nom qu’elle n’a pas modifié pour l’expérience. Non, ils ne sont pas incultes ces gens là… Ils sont seulement écrasés par le poids des jours qui passent, de la galère, des 6 petits boulots à cumuler pour essayer de boucler le mois… Et encore…

Les promenades à Carrefour le samedi après-midi, la galère à Pole-Emploi, les cadences effrenées…

La vague impression que ces gens deviennent des machines, qu’ils ne font qu’un avec leur balai-brosse….

Ce livre m’a touché. Il m’a interrogé. Il m’a dérangé.

Le style journalistique de Florence Aubenas ne laisse aucune place à une quelconque mièvrerie. Au contraire, on est dans la description brute, précise. Presque chirurgicale de cette société qu’on ne voit pas. Je dis « on » parce que ce livre m’a fait prendre conscience que nous vivions dans une couche de la société, de plus en plus imperméable aux autres. Et certaines vies sont inimaginables…

4e de couv

 La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu’en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l’impression d’un monde en train de s’écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J’ai décidé de partir dans une ville française où je n’ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail. J’ai loué une chambre meublée. Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent : j’avais trop à faire là-bas. J’ai conservé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n’ai plus quitté mes lunettes. Je n’ai touché aucune allocation. Il était convenu que je m’arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c’est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009. J’ai gardé ma chambre meublée. J’y suis retournée cet hiver écrire ce livre. « , Florence Aubenas.

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No impact man – Peut-on sauver la planète sans rendre dingue sa famille ?

Colin Beavan a partagé ma serviette de plage pendant quelques heures cet été, et moi qui croyait que ce livre serait drôle, sous forme de carnet de bord ponctué de situations cocaces, j’ai plutôt eu l’occasion de prendre conscience… de notre inconscience.

Enfin, le plus gros était déjà fait avec le tapage médiatique autour du réchauffement climatique et Cie. Mais là, Coline Beavan, en nous racontant son projet No Impact Man, nous met face à nos responsabilités, dans notre quotidien.

Et en fait, ça semble un peu compliqué au début de s’alimenter dans un rayon de 200 km (pour TOUT), de ne plus prendre de voiture, de s’éclairer à la bougie le soir, d’abandonner l’ascenseur, et de ne plus acheter d’aliments avec emballage… Mais, ils y sont arrivés sans divorcer !

Sans employer un ton moralisateur ni dramatiser à outrance, Colin Beavan est percutant et pousse à la réflexion… On se sent juste un peu mal à l’aise quand on déballe son Magnum sur la plage ensuite…

Ce qu’en dit l’éditeur
Comme nous tous, Colin Beavan en a marre d’assister, impuissant, au réchauffement climatique, à la déforestation et aux gaspillages en tous genres… Il refuse d’être partie prenante dans la fonte des glaces et la disparition des ours polaires. Son défi: vivre un an en réduisant au maximum son empreinte environnementale. Jusque-là, pas de quoi parader, d’autres l’ont fait avant lui. La grande différence c’est que ledit Colin Beavan vit en plein coeur de Manhattan, au 9e étage d’un building. Et qui dit réduction des émissions de carbone dit pas d’ascenseur, de climatiseur, de réfrigérateur, de transport motorisé -entre autres-, et quand on est un jeune père de famille, l’aventure tourne vite au casse-tête. Son premier challenge: convaincre sa femme, quelque peu accro au shopping, de jouer le jeu. Le deuxième : renoncer aux couches en plastique et aux plats à emporter. Passées ces étapes… eh bien, tout reste encore à faire. L’expérience dure un an, le compte à rebours est enclenché !

A propos de l’auteur

Colin Beavan est l’auteur de plusieurs essais historiques et de critiques pour les magazines The Atlantic Monthly, Mens’ Health, Glamour, Cosmopolitan… Il vit à New York avec sa femme Michelle Conlin, journaliste pour BusinessWeek et leur fille Isabella.

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Dans l’enfer des tournantes de Samira Bellil

Comment vous expliquer ce que j’ai ressenti tout le long de ce bouleversant témoignage… Une criture crue, des descriptions qui ne masquent pas la violence des 14 années de Samira après les viols à répétition qu’elle a enduré. La violence aussi de son entourage proche qui rejette au lieu de consoler ; la violence d’un monde où une femme, une très jeune fille, n’est qu’un objet sans importance.

Je vous conseille vivement de lire cet ouvrage. Je ne vous en dirai d’ailleurs pas plus tant mes mots seraient fades par rapports aux siens.

Je vous parlerai juste d’un passage qui m’a choqué : c’est celui où elle raconte que l’agresseur qu’elle recroise dans le RER la tabasse alors que le wagon est bondé… Personne ne bouge… Cet egoïsme, pourtant si  commun, m’a glacé le sang… Je pourrai parler de tant d’autres choses qui m’ont choqué… Mais je m’arrête là…

Je veux juste lui tirer mon chapeau, lui dire combien son parcours et sa volonté forcent mon admiration.

 En faisant quelques recherches complémentaires, j’ai appris que Samira Bellil était décédée des suites d’une maladie grave en 2004 (son livre date de 2002)…

 A propos de l’auteur

Samira Bellil est une rescapée. Adolescente, elle a été victime de plusieurs viols collectifs que l’on nomme aujourd’hui des  » tournantes « . Rongées par la culpabilité et le dégoût, détruite par l’ostracisme de sa famille et les rumeurs dans son quartier, elle se réfugie dans la drogue et l’alcool. Son témoignage coup de poing dévoile la violence sexuelle qui s’est instituée et banalisée dans des cités et des banlieues où tout se réduit à des rapports de forces et de domination. Dans un tel environnement, la torture que subissent les filles est non seulement physique mais également morale : réputation brisée, honte et humiliation sont leur lot quotidien. Ce livre, qui intervient au terme d’une longue thérapie, est pour elle le moyen de laisser une trace de son histoire et de venir en aide à ses  » frangines « , victimes, comme elle, du pire des crimes. Pour briser la loi du silence.

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