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La 25e heure – Virgil Gheorghiu

Quatre mois passés en Roumanie m’ont permis de découvrir une sensibilité artistique étonnante et sans comparaison. Ni slaves, ni latins. Un peu des deux, comme un reflet de leur histoire, de leur langue, de leur tempérament.

Comme pour chaque voyage, c’est peut-être par la littérature que j’ai appris à les connaître le mieux.

 C’est une histoire ubuesque, d’un homme qui ne tombe jamais du bon côté de l’Histoire.

Paysan roumain décrété juif sur dénonciation, il est enfermé dans un camp de travail, torturé par les Hongrois, vendu aux Allemands qui, après lui avoir fait subir les pires ignominies, le reconnaissent comme l’un des leurs et lui donnent un uniforme SS.

Prisonnier des Américains, il sera traduit devant le tribunal de Nuremberg où cinquante-deux nations le déclarent criminel de guerre…

 Une descente aux enfers perpétuelle pour cet individu broyé par l’administration et qui, finalement, n’existe plus. Virgil Gheorghiu s’en prend plus à une société occidentale en déroute, à l’évolution de l’Homme qui se robotise via sa seule cruauté…

 Aucune lueur d’espoir. Juste un livre noir, très noir.

A propos de l’auteur (source Wikipedia)

Virgil Gheorghiu est né à Valea Albă, dans le judeţ de Neamţ en Roumanie. Son père, comme ses ancêtres, est prêtre orthodoxe. Sa famille le destine, tout d’abord, au séminaire et à la prêtrise, mais doit y renoncer faute d’argent.

De 1928 à 1936, il fait ses études à l’école militaire de Chişinău. Durant cette période, il compose des poèmes dont certains sont publiés dans la presse. En 1936, il fait véritablement ses débuts littéraires à Bucarest. Il vit de divers petits emplois, et suit des études à la faculté de Philosophie de Bucarest. Il se marie en 1939 avec Ecaterina Burbea. Il reçoit en 1940 le Prix Royal de poésie pour son recueil Calligraphies sur la Neige.

Sous le règne du général Ion Antonescu, il est diplomate entre 1942 and 1943, travaillant au secrétariat de la légation du Ministère des Affaires étrangères de Roumanie. En 1943, il est nommé attaché culturel à l’ambassade de Zagreb. C’est en Croatie qu’il entend par la radio, le soir du 23 août 1944, l’annonce par le roi Michel de la capitulation sans condition de la Roumanie face à l’Armée rouge. C’est le début de quarante-cinq ans d’un régime de terreur et de servitude pour les Roumains.

Suite à l’entrée des troupes de l’Armée rouge en Roumanie, il part en exil volontaire dès 1944. Son épouse et lui sont arrêtés par les Américains en 1945, pour le motif que « les ennemis des Soviétiques sont aussi les ennemis des Américains ». Ils sont libérés en 1947, et se retrouvent à Heidelberg, dans des conditions précaires. Virgil s’inscrit à la faculté de Théologie, et se remet à étudier et à écrire. Mais il souffre de la faim et sa santé est chancelante. En 1948, après trois tentatives infructueuses, ils parviennent à traverser la frontière française.

C’est à Heidelberg, quelques mois après sa libération, que Virgil Gheorghiu a écrit La vingt-cinquième heure. Il arrive à Paris avec le manuscrit de son livre. Le philosophe et écrivain Gabriel Marcel, directeur littéraire chez Plon, en prend connaissance et en réclame immédiatement une traduction française. Le livre, préfacé de façon exceptionnelle par Gabriel Marcel, sort en librairie au printemps 1949. Il est très vite traduit et édité dans le monde entier, à l’exception des pays emprisonnés derrière le rideau de fer.

En 1952, une violente campagne de presse est déclenchée contre Virgil Gheorghiu. Aussi absurde que cela puisse paraître, l’auteur de La vingt-cinquième heure est accusé d’antisémitisme. L’incitation est venue de Bucarest. Pour discréditer un écrivain qui gêne, on se sert de quelques passages – à la vérité d’un esprit plus juvénile que mal intentionné – de ses reportages sur le front russe, parus en 1942. Du jour au lendemain, la presse invente à son sujet les pires calomnies. Gabriel Marcel convoque Virgil Gheorgiu et lui demande de démentir publiquement, ce qu’il refuse. S’ensuit une période de froid entre les deux hommes, Gabriel Marcel exigeant même le retrait de sa préface des éditions ultérieures de La vingt-cinquième heure. C’est un moment difficile dans la carrière de l’écrivain. Finalement, cette vague furieuse retombe, non sans laisser quelques séquelles.

En 1967, Henri Verneuil réalisera le film tiré de cette œuvre, avec Anthony Quinn dans le rôle du paysan Iohann Moritz, et Serge Reggiani dans le rôle du fils du prêtre Koruga, Traian, celui qui prend conscience que la vingt-cinquième heure est arrivée.

Le 23 mai 1963, Virgil Gheorghiu est ordonné prêtre de l’Église orthodoxe roumaine de Paris. En juin 1966, le patriarche de Roumanie accorde au prêtre écrivain la croix de patriarchie roumaine, pour ses activités liturgiques et littéraires.

Gheorghiu meurt le 22 juin 1992, à Paris, où il est enterré au cimetière de Passy.

Virgil Gheorghiu a écrit ses derniers livres directement en français.

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