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Comment peut-on être Français ? Chahdortt Djavann

C’est vrai, ça ! La question est plutôt bonne !

 Et d’actualité…

 Deuxième rencontre pour moi avec cette romancière iranienne qui, rappelons-le, écrit en français,  et qui découvrit la France en 1993.

 Je partais pourtant sceptique en me demandant comment il était possible de poursuivre les Lettres persanes au XXIe siècle, sans être complètement hors sujet et en-dessous de cet ouvrage exceptionnel !

 Et puis,…quel culot !

 Au début, j’ai eu du mal à me mettre dans le bain. Et finalement, entre roman et fragments autobiographiques, nous suivons l’apprentissage douloureux de la langue française et de ses implacables règles pour cette jeune femme débarquée à Paris, dans le froid et la grisaille d’une chambre de bonne.

 Et un jour, Roxane découvre Montesquieu, les Lumières.

 Elle décide alors de prendre le relais de la Roxane des Lettres persanes et de questionner à son tour l’auteur philosophe, en le prenant à son propre jeux de l’échange épistolaire.

 A la manière de Rica et Usbek, trois siècles plus tôt.

 Un roman construit tout en finesse, soutenu par un style léger et d’une rare intelligence. Et un jeu avec la langue française souvent désarmant.

Chahdortt Djavann a le don de remettre en cause ce qu’elle voit, de ne pas prendre pour acquis ce qui est finalement bien éphémère et de nous bousculer dans nos certitudes.

 Une citation pour finir ?

« Quelle belle garce cette langue, la plus belle. Quelle belle grâce cette langue, la plus belle ».

 J’ai repris Les Lettres persanes et relu l’introduction. J’ai lui ai trouvé, sans grand étonnement, une telle pertinence que je la partage ici :

« Il y a une chose qui m’a souvent étonné : c’est de voir ces Persans quelquefois aussi instruits que moi-même des mœurs et des manières de la Nation, jusqu’à en connaître les plus fines circonstances, et à remarques des choses qui, je suis sûr, ont échappé à bien des Allemands qui ont voyagé en France. J’attribue cela au long séjour qu’ils y ont fait ; sans compter qu’il est plus facile à un Asiatique de s’instruire des mœurs des Français dans un an, qu’il ne l’est à un Français de s’instruire des mœurs des Asiatiques dans quatre, parce que les uns se livrent autant que les autres se communiquent peu. »

Ce qu’en dit l’éditeur

Roxane arrive à Paris. Le chemin a été long depuis son Iran natal mais rien ne pouvait la détourner de son rêve : faire sa vie ici. C’est dans la langue que tout s’enracine, se dit-elle. Si les Français ne parlaient pas le français, ils ne seraient pas des Français. Sa patrie à elle serait la langue. Mais il n’est pas si simple d’entrer dans une langue étrangère. C’est alors qu’elle découvre les Lettres persanes de Montesquieu. Puisque ce monsieur au bel esprit avait su se mettre dans l’imaginaire d’un Persan – d’un Iranien – au XVIIIe siècle, pourquoi ne pas s’adresser à lui aujourd’hui ? Roxane écrit des lettres au philosophe, se racontant et racontant sa découverte de la vie parisienne. Un roman plein de charme, de tendresse et de subtilité.

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Classé dans Coups de coeur, Littérature iranienne, Romans épistolaires

Je viens d’ailleurs – Chahdortt Djavann

Il m’a fallu une journée. Une grande journée pour que je lise ce livre bouleversant.

L’histoire de cette petite fille qui grandit au milieu de la révolution iranienne. C’est un grand texte, soutenue par une plume lyrique et la poésie persanne.

Des mots simples pour dire la détresse, la souffrance mais aussi les espoirs. Ces témoignages de vie me touchent et j’aime passer par eux pour connaitre un pays, une culture, autrement que par le prisme déformateur des medias. Si vous voulez une leçon de vie, un exemple de courage, ouvrez le livre !

 

 

 

A propos de l’auteur

Chahdortt Djavann est née en Iran et vit depuis sept ans à Paris. Elle écrit en français. « Cette langue a accueilli mon histoire, mon passé, mon enfance, mes souvenirs et mes blessures. Elle m’a adoptée. Je l’ai adoptée. » Mais, ajoute-t-elle, « il y aura toujours du persan dans mon français ». Un quelque chose venu d’ailleurs qui serait musique douce, éclats de lumière, fragrances colorées. Ce roman est aussi un récit autobiographique : la jeune femme y raconte son adolescence quand un certain Khomeyni installe, en 1979, un régime islamique dur de dur. Elle décrit au quotidien les violences et les terreurs. Ce serait presque insupportable à lire (mais pourtant nécessaire) s’il n’y avait cette écriture à fleur de peau, comme une innocence qui n’en finit pas de resurgir.  Martine Laval

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