Archives mensuelles : juillet 2010

Comment peut-on être Français ? Chahdortt Djavann

C’est vrai, ça ! La question est plutôt bonne !

 Et d’actualité…

 Deuxième rencontre pour moi avec cette romancière iranienne qui, rappelons-le, écrit en français,  et qui découvrit la France en 1993.

 Je partais pourtant sceptique en me demandant comment il était possible de poursuivre les Lettres persanes au XXIe siècle, sans être complètement hors sujet et en-dessous de cet ouvrage exceptionnel !

 Et puis,…quel culot !

 Au début, j’ai eu du mal à me mettre dans le bain. Et finalement, entre roman et fragments autobiographiques, nous suivons l’apprentissage douloureux de la langue française et de ses implacables règles pour cette jeune femme débarquée à Paris, dans le froid et la grisaille d’une chambre de bonne.

 Et un jour, Roxane découvre Montesquieu, les Lumières.

 Elle décide alors de prendre le relais de la Roxane des Lettres persanes et de questionner à son tour l’auteur philosophe, en le prenant à son propre jeux de l’échange épistolaire.

 A la manière de Rica et Usbek, trois siècles plus tôt.

 Un roman construit tout en finesse, soutenu par un style léger et d’une rare intelligence. Et un jeu avec la langue française souvent désarmant.

Chahdortt Djavann a le don de remettre en cause ce qu’elle voit, de ne pas prendre pour acquis ce qui est finalement bien éphémère et de nous bousculer dans nos certitudes.

 Une citation pour finir ?

« Quelle belle garce cette langue, la plus belle. Quelle belle grâce cette langue, la plus belle ».

 J’ai repris Les Lettres persanes et relu l’introduction. J’ai lui ai trouvé, sans grand étonnement, une telle pertinence que je la partage ici :

« Il y a une chose qui m’a souvent étonné : c’est de voir ces Persans quelquefois aussi instruits que moi-même des mœurs et des manières de la Nation, jusqu’à en connaître les plus fines circonstances, et à remarques des choses qui, je suis sûr, ont échappé à bien des Allemands qui ont voyagé en France. J’attribue cela au long séjour qu’ils y ont fait ; sans compter qu’il est plus facile à un Asiatique de s’instruire des mœurs des Français dans un an, qu’il ne l’est à un Français de s’instruire des mœurs des Asiatiques dans quatre, parce que les uns se livrent autant que les autres se communiquent peu. »

Ce qu’en dit l’éditeur

Roxane arrive à Paris. Le chemin a été long depuis son Iran natal mais rien ne pouvait la détourner de son rêve : faire sa vie ici. C’est dans la langue que tout s’enracine, se dit-elle. Si les Français ne parlaient pas le français, ils ne seraient pas des Français. Sa patrie à elle serait la langue. Mais il n’est pas si simple d’entrer dans une langue étrangère. C’est alors qu’elle découvre les Lettres persanes de Montesquieu. Puisque ce monsieur au bel esprit avait su se mettre dans l’imaginaire d’un Persan – d’un Iranien – au XVIIIe siècle, pourquoi ne pas s’adresser à lui aujourd’hui ? Roxane écrit des lettres au philosophe, se racontant et racontant sa découverte de la vie parisienne. Un roman plein de charme, de tendresse et de subtilité.

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Grand-mère déballe tout – Irène Dische

Pas commode, la mamie.

Il faut dire que le sort n’a pas été fort sympathique avec elle.

C’est vrai ! Elle, l’aristo bourrée de principe, elle est mariée à un médecin. Ah, le problème c’est qu’il est juif, qu’ils vivent en Allemagne, dans les années 1940.

Et si on ajoute à cela une progéniture qui s’assoit sur quelques principes pour embrasser la culture américaine… Tout fout l’camp, ma bonne dame !

 Ce portrait au vitriol m’a bien plu et je la trouverais presque rock and roll Bonne-maman !

C’est drôle, grinçant et souvent à prendre au dixième degré, mais ça fonctionne bien !

 En guise d’apéritif, les premières lignes du roman :

« Beaucoup de ce qui a capoté (kaput, comme disent les Américains) dans les générations qui ont suivi la mienne peut être imputé au sperme stérile de Carl. Il a tué ses homoncules par héroïsme ; les détails, plus tard. Par conséquent, il n’a réussi à faire qu’un seul enfant. Et du mauvais sexe. Nous avons essayé, et essayé encore d’en avoir un autre. Il s’enfonçait en moi et me labourait sans faillir. Il travaillait dur, grognant et suant – ce n’était pas un fainéant. Après, je restais sur le dos, jambes en l’air au-dessus de ma tête, plantes de pied jointes, comme en prière. »

 Je vous laisse apprécier (ou pas) cette « introduction » et vous précise, au cas où, que Irène Dische a été le premier écrivain non allemand à recevoir le Prix des critiques allemands.

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